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Martin-pêcheur, la flèche bleue

Martin-pêcheur, la flèche bleue

Avec les fortes pluies qui se sont abattues sur les Alpes-Maritimes en ce mois de septembre, l’étang que je fréquente régulièrement est profondément transformé. Les roseaux ont été couchés par les vents, des branches sont tombées et encombrent les sols, les eaux sont montées et inondent maintenant de grandes étendues de terres.
Certaines des espèces qui peuplent la roselière ont déserté les lieux. Les hérons cendrés par exemple ne reviendront pas avant plusieurs jours. D’autres doivent s’adapter à ce nouveau décor, comme les aigrettes garzettes qui s’aventurent dans les prés submergés. Mais ce matin, en progressant vers l’étang de l’eau jusqu’aux chevilles, je m’interroge surtout sur le sort des martins-pêcheurs que j’observe depuis le printemps dernier.

Ma première zone d’affût est immergée et mes craintes se précisent lorsque je regarde les alentours. La plupart des branches et des roseaux que les martins-pêcheurs aimaient fréquenter ont été pliés par les vents et l’eau est trop haute pour les perchoirs naturels qui subsistent. D’ailleurs, aucun individu n’est présent ni ne fend les airs de cette partie de l’étang. Seul un pic vert se fait entendre un peu plus loin.

C’est en me rendant vers une seconde zone d’affût que j’aperçois un mâle, facile à identifier avec son bec totalement sombre (le dessous du bec de la femelle est orangé). Immobile sur une branche, il scrute la surface d’une grande mare qui s’est formée avec les inondations. Il plonge subitement, les ailes dans le prolongement du corps. L’eau claque. Il en ressort aussitôt, un petit poisson frétillant dans le bec. Posé sur une autre branche, il secoue sa prise pour l’étourdir, puis l’ingurgite tête la première.

J’observe ce mâle depuis quelques minutes quand un second martin-pêcheur fait son apparition. Surgit de nulle part, il chasse son rival et le poursuit au ras de l’eau et de la végétation. Ils finissent par disparaître l’un et l’autre de mon champ de vision. Seuls leurs cris aigus m’indiquent qu’ils se querellent toujours et me guident vers un petit étang tout proche.

Là aussi, les lieux sont méconnaissables. Partout, des bois jonchent le sol, les environs sont totalement inondés. Pour approcher, il faut se frayer un passage parmi les branches cassées, et dans l’eau. Mais ce niveau beaucoup plus élevé de l’étang a un avantage. Il contraint les martins-pêcheurs à se tenir plus près que d’ordinaire.

Je parviens à m’installer à l’affût près d’une grosse souche baignant dans la boue. Devant, bien exposées, trois branches mortes s’élèvent à plus de deux mètres au-dessus de l’eau. Voilà de parfaits points d’observation pour les martins-pêcheurs, qui peuvent y dominer la surface de l’étang pour repérer puis plonger sur des proies (épinoches, vairons, truites, perches, insectes, crustacés et batraciens constituent l’essentiel de leur alimentation).
Mes suppositions se confirment. Accroupi et recouvert d’un filet de camouflage pour ne pas déranger mon sujet déjà très prudent au naturel, je vois un premier martin-pêcheur venir se poser à une dizaine de mètres. Il scrute l’eau, se tourne, observe de nouveau, se fige et plonge. Lorsqu’il en ressort et se pose sur une branche encore plus proche, il tient un poisson dans son bec, qu’il assomme et avale aussitôt.

Il continue de pêcher un bon moment encore, avant d’entreprendre une longue séance de toilette. Il nettoie son plumage, en accordant un soi particulier à ses ailes, et régurgite une pelote constituée d’arêtes et d’autres éléments impossibles à digérer. Puis il reprend son observation, attentif au moindre mouvement à la surface de l’eau.
Un second individu est venu se poser non loin de là. Les deux sont des mâles, et une femelle traverse plusieurs fois le petit étang, volant bas. Je ne cesse de photographier le plus proche, qui était jusqu’alors concentré sur sa pêche. La présence de l’autre mâle l’en détourne. Il crie de nombreuses fois, et finit par s’élancer pour défendre son territoire. Une nouvelle course-poursuite s’engage, à toute vitesse, entre les arbres et au ras de l’eau. Ils passent près de moi sans même se détourner. Seul le premier mâle revient se poser sur la branche, après avoir temporairement chassé l’intrus.
Le second individu est un jeune, vraisemblablement issu de la dernière couvée (un couple de martins-pêcheurs peut en avoir plusieurs entre avril et août, comprenant de 5 à 8 œufs chacune). Après être resté 4 semaines environ dans le terrier creusé sur la berge par le mâle et la femelle, il est maintenant en mesure de se nourrir seul, et n’est plus toléré par le couple.

Les eaux resteront hautes quelques jours seulement, durant lesquels les martins-pêcheurs continueront de fréquenter assidûment cet emplacement et de se tenir à moins de 10 mètres de mon objectif. A l’affût sous mon camouflage, accroupi dans la boue pour casser ma silhouette humaine, ils accepteront cette proximité temporaire, me permettant de saisir leurs attitudes, leurs séances de pêche ou leur toilette. Constamment chassé par le couple, seul le jeune sera de moins en moins présent. Bientôt, il défendra à son tour son propre territoire.

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