Nature et Photographie - Photographie animalière - Nord Vietnam 6

Paysages et visages du Nord Vietnam

Paysages et visages du Nord Vietnam

(Les photographies ci-dessous sont disponibles à la vente, en tirages sur alu-dibond numérotés. Pour toute demande d’information, de format ou de tarif, me contacter par mail : cedric.dupont@nature-et-photographie.com)

Nous arrivons à Hanoï de très bonne heure en ce mardi 2 mai, dans un aéroport presque désert. Seuls quelques membres des autorités sont là pour vérifier les passeports. Un peu plus loin, une équipe d’entretien arpente les lieux et s’apprête à prendre son service. Plus loin encore, des guides attendent leurs clients dans le hall. Le nôtre, Giang, nous accueille dans un français impeccable. Il fait partie des plus jeunes, et témoigne d’une joie de vivre et d’un optimisme auxquels nous ne sommes plus habitués en Europe.
Dehors, il fait déjà une chaleur accablante. L’humidité est partout : dans l’air, les rizières, les fleuves et rivières que nous traversons pour atteindre le centre de Hanoï. Notre chauffeur, Xuân Than, circule dans une mêlée de véhicules. Les deux-roues, largement majoritaires, se faufilent dans tous les sens. Les voitures en font autant. C’est un flot ininterrompu, totalement indiscipliné, qui nous emporte jusqu’au quartier historique de la ville. La logique aurait voulu que l’on assiste à des dizaines d’accidents sur le trajet que nous venons de faire. Par chance, nous n’en verrons aucun.
Nous allons rester moins d’une journée à Hanoï. L’hôtel va nous permettre de nous rafraîchir et surtout de nous reposer après le vol long-courrier que nous venons d’effectuer. Mais, nous le savons, notre voyage ne commencera véritablement que lorsque nous prendrons la route vers les montagnes plus sauvages du Nord Vietnam, à la rencontre de la faune et des ethnies qui les peuplent.
Le lendemain matin, notre chauffeur et notre guide nous attendent à l’entrée de l’hôtel. L’agence avec laquelle nous avons préparé notre voyage (Amica Travel), sachant que je suis photographe animalier, les a choisis en fonction de cela. Giang est photographe à ses heures, et il a embarqué son Canon 6D pour le voyage. Xuân Than, passionné d’ornithologie et photographe animalier également, a lui aussi pensé à prendre son Nikon. Aussitôt, le courant passe entre nous, forcément. Et sur le trajet qui nous mène vers Nghia Lo, les conversations s’enchaînent, tantôt en français avec Giang, tantôt en anglais avec Xuân Than.
Sur la route, la chaleur est étouffante et les paysages défilent. Nous avons quitté le delta pour nous engager dans les collines, où plantations de thé et rizières se succèdent. Bien que la température atteigne les 35 degrés, nous apercevons un groupe de paysans et de paysannes qui s’activent dans une rizière. La lumière est idéale. Nous nous arrêtons aussitôt pour photographier ces scènes de travaux agricoles, parfois avec des buffles, le plus souvent à la main, plus rarement avec des machines. Ces haltes vont ponctuer notre route jusqu’à Nghia An, un village de Thais Noirs situé dans la vallée rizicole de Muong Lo.

Le lendemain, 4 mai, nous prenons le temps de photographier quelques scènes sur le marché de Nghia Lo, fréquenté par plusieurs ethnies. De toute évidence, la population possède peu de choses, mais les besoins vitaux semblent être assurés. Nous ne voyons aucune détresse, ni tristesse, dans les regards que nous croisons, même si leur vie est indéniablement rude. Puis nous reprenons la route vers la vallée de Tu Lê, en direction de Mu Cang Chai. Lorsque nous traversons ces paysages, nous ne pouvons qu’être stupéfaits de la beauté des rizières inondées, échelonnées en terrasses. Ici et là, quelques paysans s’affairent, des buffles pataugent dans l’eau en quête de nourriture. Nous passons la nuit à Mu Cang Chai, reçus chez une famille de Thais Blancs. La maison traditionnelle est adossée à un bois, et fait face à des rizières. Nous apercevons quelques oiseaux, des aigrettes notamment.

Le jour suivant, nous quittons la vallée de Mu Cang Chai en destination des montagnes, et traversons la cordillère du Hoang Lien Son par le col de Tram Ton. Au fil de notre progression, les paysages changent radicalement. Les rizières cèdent la place aux cultures de maïs, qui poussent parmi les roches, sur des pentes escarpées. Nous descendons alors vers Sapa, une localité implantée à 1500 mètres d’altitude. Nous y croisons quelques Hmongs-Noirs et des Daos-Rouges, mais nous sommes surtout marqués par l’importante fréquentation touristique et le nombre d’hôtels qui s’y construisent. D’ailleurs, si nous sommes là, ce n’est nullement pour Sapa, mais pour la vallée de Muong Hoa, située à proximité. Et nous ne sommes pas déçus. Les rizières en terrasses sont remarquables. Mais nous avons surtout l’occasion de photographier les habitants : une mère de famille qui apprend à trois de ses jeunes enfants à travailler la terre, un écolier qui fait ses devoirs à l’entrée d’une maison en bois, une petite fille qui joue avec l’eau qui se déverse d’une rizière à une autre, des enfants qui mangent, des fillettes qui jouent avec un buffle…

Après ces hameaux de la vallée de Muong Hoa, nous atteignons Sa Seng par un chemin qui se faufile entre zones boisées et rizières. Nous traversons de petits villages Hmongs et apercevons quelques oiseaux. Les comportements des espèces que nous observons depuis le début de notre voyage dans le Nord Vietnam nous surprennent. La plupart se montrent extrêmement farouches, bien que je sois en tenue de camouflage et à l’affût la majorité du temps. Notre guide nous confirme notre impression : les Vietnamiens ont la fâcheuse habitude de chasser sans retenue ni réflexion sur le long terme, ou à capturer les oiseaux qu’ils maintiennent ensuite dans des cages suspendues à l’entrée des habitations. La faune se montre donc prudente.
Poursuivant notre route, nous traversons Lao Cai et parvenons à Bac Ha, où nous allons résider chez une famille Tay. Les reliefs environnants sont peuplés de villages de Hmongs-Fleurs et de Daos, qui y cultivent du maïs. Une fois par semaine, ils convergent vers le marché de Bac Ha, venant vendre des animaux, leurs productions agricoles, des textiles… Les petites allées couvertes fourmillent alors de paysans, de commerçantes, de badauds. Si le marché attire de plus en plus de touristes, il reste pour l’heure réellement vivant et préserve son caractère et son charme.

Quittant Bac Ha, nous suivons la rivière Chay jusqu’aux rizières de Thing Nguyen et leurs paysages magnifiques. Puis nous atteignons un petit village Tay, non loin de Ha Giang. Ici, la population vit de la pisciculture (chaque habitation dispose de son bassin), de l’élevage, et des cultures agricoles. Les lieux sont particulièrement paisibles, et abritent plusieurs espèces d’oiseaux, qui trouvent refuge dans les arbres ou les rizières.
Le 9 mai, nous prenons la route vers le haut plateau karstique de Dong Van, classé Geopark depuis 2010 par l’Unesco. Nous faisons néanmoins plusieurs haltes sur notre parcours. A Can Ty, nous visitons une coopérative de chanvre gérée par des femmes de l’ethnie Hmong. Elles travaillent sur d’anciens métiers à tisser et préservent un savoir-faire et les motifs ethniques. Puis nous nous promenons dans le village de Sung La. Les environs sont principalement peuplés par les Hmongs, qui sont disséminés dans les vallées. Ils vivent très modestement, sur ces terres difficiles à cultiver et manquant cruellement d’eau. Ici, la culture du maïs l’emporte sur celle du riz.

Notre route nous mène ensuite vers Bao Lac. Nous passons par le canyon de la rivière Nho Que, puis par Niem Son. De nouveau, les cultures changent, nous retrouvons des rizières en terrasse cultivées par les Daos Rouges et les Tays. Nous faisons une halte au village de Khuoi Khon, où nous sommes reçus par les habitants, des Lolos Noirs. Leur habitat, rustique, est construit sur pilotis. Lorsque nous arrivons, une femme est en train de préparer de l’alcool à base de maïs. Au Vietnam, surtout dans les populations rurales et montagnardes, l’alcool (de maïs ou de riz selon ce qui est cultivé localement) est utilisé pour fraterniser et souhaiter la bienvenue aux invités. Il se boit le plus souvent cul sec, et est resservi à chaque verre vidé, pour peu que l’on supporte le rythme et que les hôtes sympathisent avec vous.
Le 10 mai, nous quittons Bao Lac en direction du Parc National de Ba Be, que nous atteignons après une journée de route. Le lac, nourri par plusieurs cours d’eau, est ceinturé de hauts massifs calcaires, couverts d’une végétation subtropicale. Autour sont bâtis quelques villages, peuplés par l’ethnie Tay. Nous allons résider quelques jours dans l’un d’eux, Coc Toc, situé au bord du lac et adossé à la jungle. Ici, les habitants vivent essentiellement de la pêche et de l’agriculture. La faune est bien présente dans le parc : nous apercevons des martins pêcheurs, de nombreux hérons, et d’autres espèces d’oiseaux dont un souimanga siparaja et un bulbul orphée, dès que nous progressons dans la jungle ou sur les hauteurs. Les reptiles sont également présents, bien que beaucoup plus discrets.

Le Parc National de Ba Be est vraiment enchanteur, et c’est avec regrets que nous le quittons quelques jours plus tard pour revenir à Hanoï. Après toutes ces journées passées dans les montagnes ou dans la végétation dense du nord Vietnam, retrouver le rythme et l’ambiance de la ville est assez déroutant. Mais Hanoï n’est encore une fois qu’une étape. Le lundi 14 mai, nous prenons la destination du sud et du delta du Fleuve Rouge. Nous nous dirigeons maintenant vers Tam Coc et le Complexe Paysager de Trang An (inscrit au Patrimoine Naturel de l’Humanité par l’Unesco). Egalement appelés Baie d’Along terrestre, ces paysages se caractérisent par des zones humides bordées de rizières d’où surgissent d’impressionnantes formations calcaires.
Nous nous arrêtons longuement dans la Réserve Naturelle de Van Long afin d’observer de nombreux oiseaux d’eau, mais aussi le Langur de Delacour, un primate classé en danger critique d’extinction par l’UICN. Il n’en subsiste que quelques centaines d’individus, dont quelques-uns vivent ici, sur ces formations rocheuses difficiles d’accès. Nous traversons donc une partie de la zone humide par bateau, apercevant de nombreux hérons, des aigrettes, un prinia simple, un zostérops oriental, un martin-pêcheur d’Europe et un martin-pêcheur de Smyrne. Puis, au détour d’un coude de la rivière, dans un arbre nous surplombant, nous distinguons quatre Langur de Delacour. Ils semblent être aussi à l’aise dans les branchages que sur la roche abrupte et accidentée.

Après cette observation pour nous intense, nous reprenons la route, cette fois vers la Baie d’Along. Il était pour nous impossible de traverser une partie du Nord Vietnam en faisant l’impasse sur ces pitons karstiques surgissant de l’eau, inscrits d’ailleurs au patrimoine mondial de l’Unesco. Surtout que, à l’écart des trajets empruntés d’ordinaire par les autres compagnies maritimes, notre navire nous permet de découvrir la faune qu’abritent ces innombrables îlots : de nombreux rapaces (aigles pêcheurs, milans noirs…), deux calaos au loin, des primates cachés parmi la végétation mais trahis par leurs cris…

Le 17 mai, nous quittons la Baie d’Along pour revenir sur Hanoï. Nous nous arrêtons en chemin dans une localité du Delta, en pleine zone humide. L’endroit abrite de très nombreuses espèces d’oiseaux, que nous allons approcher lentement, par barque. Crabiers de Chine, aigrettes garzettes, bihoreaux, hérons garde boeufs d’Asie, bec-ouvert indien, etc., sont dissimulés parmi la végétation qui borde les rives des ilots. L’approche lente de la barque ne les perturbe guère. Beaucoup de petits ou de juvéniles sont présents, et les adultes s’activent. Tous se livrent à un incessant ballet, allant et venant, se chamaillant, apprenant à voler… Tapis dans le creux de la barque, nous sommes sans voix. Seuls les déclencheurs de nos appareils se font légèrement entendre.

Le lendemain, de retour dans la trépidante Hanoï, nous ne pouvons qu’être tristes. Dehors, la pluie tombe, dense, sans atténuer la chaleur. Nous buvons un verre au bar de l’hôtel, puis je m’isole pour fumer un cigare à l’abri du porche, observant encore un peu la vie du quartier Hoàn Kiếm. Dans quelques heures, nous reprendrons l’avion qui nous fera quitter le Vietnam, ses visages, ses paysages et sa faune. Il nous faudra rentrer sur Paris. J’essaye de m’imprégner de ces parfums, de cette activité, de cette atmosphère si particulière que nous avons trouvée ici. Tout à l’heure, nous quitterons Giang et Xuân Than, non sans un pincement au cœur. Xuân Than, nous le reverrons très probablement, dans le cadre d’un autre voyage à la découverte de la faune du Sud Vietnam. Ce ne sera donc pas un adieu. Juste un au revoir.

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